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“La trouée vers l'or”
![]() 1 Début de week-end sur les chapeaux de roue : dès le vendredi soir, nous avalons 400 bornes de bitume pour atteindre le cœur de la Province de San Luis, en compagnie de Sush et Pô. |
![]() 2 Vignette n°74 : en entrant dans la Province de San Luis :
Toutes les réponses sont valables, comme de bien entendu :
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![]() 3 Nous nous réveillons le samedi à Carolina, hameau niché au cœur de la Sierra de San Luis, qui pétille de vitalité et vibre d'une frénésie ébouriffante. |
![]() 4 Nous sommes venus y jouer les chercheurs d'or, sur la piste des mineurs qui jadis extrayaient le précieux métal de la montagne voisine. |
![]() 5 L'agence qui organise les visites guidées tient guichet dans ce bazar minéralogique, entre musée et libre-service ; |
![]() 6 au milieu de ce décor insolite, nous adoptons la panoplie de rigueur, chaussant docilement sacs plastiques puis bottes. |
![]() 7 Une fois équipés, nous partons dare-dare en direction de la mine, numérique au poing, impatients d'explorer la caverne d'Ali-Baba. |
![]() 8 L'entrée, toutefois, n'a rien de la luxuriance escomptée, et nous sommes loin des exploitations modernes, mécanisées, industrialisées. |
![]() 9 La galerie principale a été creusée à la force de la pioche, il y a plus de deux siècles, et son gabarit est plutôt étroit ; |
![]() 10 l'éclairage, d'ailleurs, se limite aux veilleuses de nos casques et à la lampe torche de notre taupe de guide. |
![]() 11 La lumière du jour n'est bientôt plus qu'un lointain souvenir : après 200 mètres de ligne droite, l'entrée de la mine se dissout dans les ténèbres. |
![]() 12 L'humidité est élevée, et une eau ferrugineuse sourd mystérieusement en divers orifices, inondant la chaussée visqueuse. |
![]() 13 Suintant par le plafond, des gouttelettes calcaires forment de chétives ramifications stalactitiques. |
![]() 14 Les parois sont maculées de taches phosphorescentes, lardées de coulées luisantes, irisées de teintes minérales ; |
![]() 15 la principale cause de ce barbouillage vernissé tient à l'omniprésence du fer, qui réagit violemment au contact de l'oxygène,... |
![]() 16 ...lequel oxygène circule à force de puits de ventilation comme celui-ci, sans quoi l'atmosphère serait proprement irrespirable. |
![]() 17 Et l'or, dans tout ça ? Non : tout ce qui brille n'en est pas, c'est bien connu, et l'oxydation chatoyante des parois leurreraient les plus crédules {et cupides}. |
![]() 18 Le gisement aurifère, au contraire, apparaît sous la forme d'un filon d'un mètre de large, pas plus, aux nuances azurées, très mates. |
![]() 19 La densité de métal précieux y est d'1mg/m³ ; autant dire que son exploitation était longue, ardue et – donc – très coûteuse ; |
![]() 20 c'est pourquoi la mine a été abandonnée au début du XXème siècle, et les repreneurs ne se bousculent pas, bien que la quantité d'or reste importante. |
![]() 21 En l'état, la mine est inexploitable, d'autant plus que certaines galeries se sont effondrées : derrière ce tas de gravas demeurent les ossements d'un groupe de mineurs jamais secourus. |
![]() 22 Allez : viens, Nico ; reste pas planté là comme une stalagmite, on se tire de ce mastaba hanté, je commence à manquer d'air, moi... |
![]() 23 De retour à l'air libre, nous entamons une petite promenade de santé, et entreprenons gaillardement l'ascension du Cerro Tomolasta. |
![]() 24 En marge du sentier, ce curieux affaissement du sol répond à l'effondrement de la galerie que nous avons vu récemment dans la mine. |
![]() 25 A mesure que la piste s'entortille autour du mont, le panorama s'élargit et révèle un paysage lacéré par de tranchantes saillies rocheuses. |
![]() 26 La Sierra de San Luis rappellerait volontiers sa consœur de Córdoba, n'étaient ces proéminences abruptes qui pointent coniquement. |
![]() 27 Au faîte du Tomolasta, à quelques 2020 mètres d'altitude, on découvre le chaînon volcanique qui délimite grossièrement la ligne de crête de la sierra, à la manière de plots de signalisation. |
![]() 28 En contrebas du versant occidental de la chaîne, un plateau à peine vallonné s'étire mollement, agrémenté de quelques fortins montagneux isolés. |
![]() 29 Sur ce, nous plions bagage, et quittons Carolina par la “Pampa de las Invernadas”, déboulant sans crier gare parmi de paisibles chevaux. |
![]() 30 Mais de non moins placides gauchos veillent au grain, et leur présence rassérène le troupeau. Nous esquissons un petit signe. Pas de réponse. |
![]() 31 Le versant nord de la Sierra est zébré d'une “Cuesta de los Algarrobos” particulièrement épouvantable, dont les ornières et les éboulis mettent à rude épreuve nos amortisseurs. |
![]() 32 La fin de soirée fut tout aussi éprouvante : faute d'hôtel et de station-service dans un bon quart nord-ouest de la province, nous avons erré une partie de la nuit,... |
![]() 33 ...effectuant un détour de 150 bornes pour pouvoir ravitailler notre jauge à sec – puis nos estomacs à cran, dans une petite guinguette miteuse en bord de nationale,... |
![]() 34 ...où nous avons pu savourer {outre les odeurs de gasoil et les effluves de graillon émanant de la parilla} de lipidiques “choripanes1” {façon saint-bernard plutôt que teckel}. 1 Choripán = contraction de chorizo {saucisse} et pán {pain}, il s'agit d'un hot-dog. |
![]() 35 Bon an, mal an, le lendemain nous trouve enfin aux Quijadas, parc naturel le plus mal desservi de toute l'Argentine, dixit notre guide – nous confirmons ! |
![]() 36 Ces paysages vous sont familiers ? C'est que nous y sommes déjà venus en octobre 2007, Nico et moi ; et si nous récidivons aujourd'hui,... |
![]() 37 ...c'est juste pour épater les gonzesses : « Alors, les filles ? Heureuses ? Allez-y, prenez votre temps, nous on connaît, vous savez, on s'habitue, on fait même plus attention... ». |
![]() 38 Non loin de là, un groupe de Portègnes s'active fiévreusement autour de la sun-spangled bannière ; ces messieurs ne ménagent par leur peine pour contenter ces dames ! |
![]() 39 La dernière fois, faute de garde-parc disposé à nous encadrer, nous avions dû nous cantonner au rebord supérieur de la vaste dépression, sans pouvoir descendre dans le cirque ; |
![]() 40 mais aujourd'hui, nous avons pu mettre la main sur un guide accrédité, et ce n'est pas sans une certaine excitation que nous le suivons dans la fosse aux dinosaures ! |
![]() 41 Nous sommes accompagnés de deux couples de traîne-savates, dont force est de supposer qu'il doit s'agir de Portègnes ; en bons Cordobais, nous optons pour une stricte ségrégation. |
![]() 42 Chemin faisant, notre guide commente parcimonieusement la flore sporadique – autant dire que ses interventions se limitent à un seul arbuste ; |
![]() 43 cette “chica1”, malgré son nom juvénile, accuse tout de même deux siècles d'existence, que trahissent son teint fripé et ses membres noueux. 1 Chica = fille, ou jeune femme. |
![]() 44 Bref topo historique : le parc naturel a été fondé en 1983, après qu'on en eut exproprié les indigènes, relégués généreusement dans des baraquements. Ailleurs. Voilà. |
![]() 45 Sur ces bonnes paroles, on remonte le lit d'un río asséché, qui par gros orage devient torrent déchaîné. Pour l'heure, la crème solaire est de rigueur,... |
![]() 46 ...car les nuages ne sont pas pour tout de suite, et un soleil assassin cogne comme un sourd, réplique cérulescente du drapeau argentin. |
![]() 47 Le sol accuse de profondes gerçures, là où bizarrement la terre est demeurée humide, offrant l'aspect gaufré d'une éponge. |
![]() 48 Méfiez-vous de l'eau qui dort : l'érosion joue ici de sacrés tours {de potier} et il ne faudrait pas douter de la force du courant qui peut se déchaîner dans ce large canyon. |
![]() 49 Une pellicule blanchâtre saupoudre le sol, omniprésente : le site est riche en salpêtre, élément salin qui vient confirmer la présence d'eau,... |
![]() 50 ...et peinturlure la roche purpurine d'un badigeon hâtif qui semble s'écailler : peinture fraîche aussi vraie que nature. |
![]() 51 Ailleurs, c'est un savant mouchetis, ou un crépis vétuste, comme on voudra – je rends mon pinceau, mon vocabulaire de peintre en bâtiment est limité. |
![]() 52 Au bout d'une heure de marche, nous profitons du seul espace ombragé qu'offre ce désert impitoyable, et nous nous recroquevillons à l'abri de la roche. |
![]() 53 Mais on repart derechef. Chans chacs. Ch'est moins lourd. Mais chans geau. Ch'ai plus de chalive. Fichu choleil. Chlurp. |
![]() 54 Au-dessus de nos têtes, plusieurs étages de tourelles semblent épier nos moindres faits et gestes – Vauban en aurait pris de la graine. |
![]() 55 Ah ! Nous touchons enfin le fond ! Un vrai cul de sac, effectivement. Torticolis garanti. On se sent surtout pris au piège, à la merci d'un orage ou d'un séisme. |
![]() 56 Jouant franchement avec le feu, je me porte volontaire pour étalonner ce cliché – péché d'orgueil ? que celui qui n'a jamais posé me jette la première pierre {il y a l'embarras du choix}. |
![]() 57 Le week-end s'achève par un modeste en-cas à Mina Clavero ; frugalité, sobriété et bonnes manières sont de rigueur – le cabrito est coriace, nous n'irons pas plus avant dans le reportage de ce pugilat sanguinaire. ¡ Buen provecho ! |